1960 - 1980
De la RTF à l’après-ORTF, cette période raconte l’industrialisation de la télévision française et européenne : deuxième chaîne, couleur, satellites, publicité, régionalisation, crise politique de l’audiovisuel public et installation de nouveaux rendez-vous populaires.
1960
1er janvier
En Belgique, les journalistes ne restent plus systématiquement hors champ pendant le journal télévisé : Paul Demol et d’autres présentateurs apparaissent désormais à l’écran. Le JT acquiert ainsi des visages identifiables et se rapproche du modèle incarné qui s’imposera progressivement en Europe.
1960
20 février
L’École des pères est enregistrée sur magnétoscope
Aux studios des Buttes-Chaumont, L’École des pères de Jean Anouilh est enregistrée grâce à un magnétoscope Ampex. L’enregistrement sur bande vidéo facilite les reprises et le montage, tout en réduisant progressivement le recours au kinescope, qui consistait à filmer un écran pour conserver une émission.
23 mars
Lors de la visite officielle de Nikita Khrouchtchev en France, Léon Zitrone l’interroge directement en russe. La séquence renforce la réputation du journaliste comme présentateur capable d’incarner les grands événements internationaux à la télévision.
29 mars
Jacqueline Boyer remporte pour la France le Grand Prix Eurovision de la chanson avec Tom Pillibi. Il s’agit de la deuxième victoire française au concours, après celle d’André Claveau en 1958.
11 mai
La télévision retransmet depuis Saint-Nazaire le lancement du paquebot France. Le petit écran accompagne ainsi un grand événement industriel et national, conçu pour être suivi bien au-delà du public présent sur le chantier naval.
18 mai
La loi belge remplace l’Institut national de radiodiffusion — INR en français, NIR en néerlandais — par deux organismes distincts : la Radiodiffusion-Télévision belge, émissions françaises (RTB), et la Belgische Radio en Televisie, Nederlandstalige uitzendingen (BRT). Cette séparation organise le service public audiovisuel selon les deux grandes communautés linguistiques du pays, tout en maintenant des services techniques communs.
10 septembre
Les signataires du Manifeste des 121, qui défend le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, sont interdits d’antenne à la radio et à la télévision publiques. Cette mesure montre que le contrôle politique de l’antenne s’étend aux artistes, intellectuels et journalistes associés au texte.
12 septembre
Les Jeux olympiques de Rome sont largement relayés par le réseau Eurovision de l’Union européenne de radio-télévision (UER). Les directs et résumés circulent entre diffuseurs européens, tandis que la négociation des droits sportifs prend une place croissante dans l’organisation des retransmissions.
26 septembre
John F. Kennedy et Richard Nixon s’affrontent à Chicago lors du premier de quatre débats radiotélévisés de la campagne présidentielle américaine. Suivie par des dizaines de millions de téléspectateurs, leur confrontation montre l’importance nouvelle de l’apparence, de l’attitude et de la maîtrise du direct dans la perception des candidats. Les trois débats suivants ont lieu les 7, 13 et 21 octobre 1960.
1960
4 novembre
De Gaulle évoque une « République algérienne » à la télévision
Dans une allocution diffusée en métropole et en Algérie, Charles de Gaulle emploie les mots « République algérienne ». La télévision porte directement la parole présidentielle au cœur de la guerre d’Algérie et donne à cette inflexion politique une audience nationale immédiate.
2 décembre
Pour un reportage de Cinq Colonnes à la une, Michel Mitrani filme à contre-jour un étudiant algérien dont l’identité doit rester secrète. Cette silhouette sombre, rapidement surnommée « ombre algérienne », devient une solution visuelle pour protéger un témoin tout en conservant sa présence et sa parole à l’écran. La diffusion du sujet nécessite l’appui politique de Jacques Chaban-Delmas auprès de la direction de la RTF.
15 décembre
Le mariage du roi Baudouin et de Fabiola de Mora y Aragón est retransmis par le réseau Eurovision. La télévision belge mobilise d’importants moyens pour une cérémonie suivie dans plusieurs pays, transformant l’événement monarchique en spectacle télévisé européen.
1961
4 février
Le football revient à la télévision après un conflit entre la Radiodiffusion-télévision française (RTF) et la Fédération française de football (FFF) sur les conditions financières des retransmissions. L’épisode annonce les négociations de plus en plus difficiles entre diffuseurs, fédérations et organisateurs autour de la valeur des droits sportifs.
11 mars
La Maison de la RTF de Strasbourg est officiellement inaugurée. Elle rassemble des moyens de radio et de télévision et consolide le rôle de Strasbourg comme centre régional de production et d’information pour l’Est de la France.
12 avril
Les images de Youri Gagarine, premier homme envoyé dans l’espace, sont reçues et diffusées par la télévision française. La conquête spatiale devient immédiatement un spectacle d’actualité mondial, même si les images disponibles restent encore peu nombreuses et largement contrôlées par les autorités soviétiques.
1961
24 avril
De Gaulle condamne le putsch d’Alger dans une intervention télévisée en uniforme
En uniforme, Charles de Gaulle intervient à la télévision pour condamner le putsch des généraux à Alger et appeler les Français ainsi que les soldats à lui obéir. L’allocution montre la place prise par la télévision dans l’exercice de l’autorité présidentielle pendant une crise nationale.
3 juin
Les autorités annoncent que la future deuxième chaîne utilisera la définition européenne de 625 lignes, alors que la première chaîne française demeure en 819 lignes. Ce choix facilite les échanges internationaux et prépare l’introduction de la couleur, techniquement conçue autour du 625 lignes.
1962
25 janvier
La RTF ouvre à Bordeaux un centre régional de télévision et lance des émissions destinées au Sud-Ouest. Cette implantation développe la production locale et prépare l’extension progressive des journaux télévisés régionaux.
14 avril
L’Office de coopération radiophonique (OCORA) forme des techniciens, journalistes et producteurs africains à la radio et à la télévision. Créé dans le contexte des indépendances, l’organisme prolonge la coopération audiovisuelle française tout en participant à la constitution des nouveaux services nationaux de radiodiffusion.
1962
10-11 juillet
Le satellite Telstar est lancé depuis Cap Canaveral
Le satellite Telstar est lancé depuis Cap Canaveral. Construit par Bell Telephone Laboratories, il reçoit les signaux émis depuis le sol, les amplifie puis les retransmet vers une autre station terrestre. Ses liaisons expérimentales rendent possibles les premières transmissions télévisées transatlantiques presque instantanées et ouvrent l’ère de la mondovision par satellite.
19 juillet-27 septembre
Intervilles arrive à la télévision française avec des compétitions opposant des villes autour de jeux et d’épreuves souvent spectaculaires. Présentée notamment par Guy Lux et Léon Zitrone, l’émission associe direct, public local et rivalités municipales ; Dax remporte la première finale face à Saint-Amand-les-Eaux.
23 juillet
Des images d’une conférence de presse du président américain John F. Kennedy sont transmises par satellite vers l’Europe. En France, elles sont reçues par la station du Centre national d’études des télécommunications (CNET) à Pleumeur-Bodou. Quelques jours après les premiers essais de Telstar, la télévision entre concrètement dans l’âge du direct intercontinental.
1962
31 octobre
Des journalistes de la RTF sont sanctionnés
Quatre journalistes de la RTF sont sanctionnés après un mouvement de grève dénonçant le traitement gouvernemental de l’information. Pendant le conflit, le journal télévisé est remplacé par un interlude. L’affaire révèle les tensions persistantes entre la rédaction, la direction de l’établissement public et le pouvoir politique.
15 décembre
L’Union européenne de radio-télévision (UER) organise Le Plus Grand Théâtre du monde, une représentation simultanée d’une pièce de Terence Rattigan adaptée dans plusieurs pays. Claude Loursais réalise la version française. Le réseau Eurovision sert ainsi non seulement aux informations et au sport, mais aussi à une création dramatique conçue à l’échelle européenne.
1963
12 février
Charles de Gaulle demande à visionner avant diffusion un numéro de Cinq Colonnes à la une. L’intervention présidentielle illustre la surveillance étroite exercée sur le grand magazine d’information de la RTF, pourtant l’une des vitrines les plus prestigieuses du reportage télévisé français.
23 mars
La RTF diffuse Le Chevalier de Maison-Rouge, adaptation en quatre parties du roman d’Alexandre Dumas réalisée par Claude Barma. Porté notamment par Michel Le Royer, ce feuilleton historique mobilise des décors, des costumes et une distribution importants pour une production télévisée de l’époque.
20 avril
Une démonstration utilise l’Eidophor, système de projection capable d’agrandir une image télévisée sur un écran de grande dimension. Cette technique permet de présenter des émissions à un public réuni dans une salle, avant la généralisation des vidéoprojecteurs électroniques modernes.
16 mai
L’émetteur expérimental de la future deuxième chaîne est mis en service à Paris sur le canal 22. Il diffuse en 625 lignes, norme appelée à remplacer progressivement le 819 lignes pour les nouveaux réseaux et à servir de base à la télévision couleur.
14 juin
Sept Jours du monde est lancé comme magazine hebdomadaire d’actualité, en complément de Cinq Colonnes à la une. Sa périodicité plus régulière permet de suivre les événements internationaux et politiques à un rythme mieux adapté à l’accélération de l’information télévisée.
1963
31 juillet
Le gouvernement crée le SLLI
Le gouvernement crée le Service de liaison interministériel pour l’information (SLLI). Placé au cœur des relations entre les ministères et les médias publics, il coordonne la communication gouvernementale et formalise davantage le contrôle politique exercé sur l’information radiotélévisée.
2 septembre
Charles de Gaulle présente la télévision comme un instrument destiné à soutenir « l’esprit public ». Cette conception résume le rôle politique assigné par l’exécutif à un média public alors placé sous une tutelle gouvernementale étroite.
13 septembre
Une démonstration publique du SECAM est organisée sur une liaison longue distance, notamment à travers une boucle Paris-Marseille-Paris. Le procédé « Séquentiel couleur à mémoire », développé sous la direction d’Henri de France, montre qu’il peut transporter une image couleur sur le réseau de diffusion et ne relève plus seulement de l’expérimentation en laboratoire.
Octobre
À Bordeaux, les actualités régionales ne se limitent plus à des images commentées depuis Paris : des présentateurs et journalistes locaux prennent la parole à l’écran. Le journal régional gagne ainsi en autonomie et en incarnation.
12 octobre
Jean-Christophe Averty diffuse Les Raisins verts, émission mêlant sketches, trucages, incrustations et humour noir. Son esthétique très graphique rompt avec la télévision de studio traditionnelle et provoque autant d’enthousiasme que de protestations.
1963
25 novembre
Les funérailles de John F. Kennedy sont suivies en mondovision
Les funérailles de John F. Kennedy sont relayées vers plusieurs pays grâce au satellite Telstar et aux réseaux de télévision internationaux. Le deuil américain est suivi presque simultanément en Europe : la mondovision ne transmet plus seulement une prouesse technique, mais un événement politique et émotionnel partagé à l’échelle mondiale.
29 novembre
À Marseille, Provence Actualités devient un journal télévisé régional quotidien de quinze minutes. Le rendez-vous installe durablement l’information locale dans la grille et sert de modèle au développement des éditions régionales de la RTF.
6 décembre
Toulouse lance une édition régionale régulière des actualités ; Nancy met en place un dispositif comparable pour la Lorraine et la Champagne. Le réseau de journaux locaux s’étend et réduit progressivement la dépendance à une information entièrement produite à Paris.
14 décembre
Charles de Gaulle inaugure la Maison de la Radio, vaste bâtiment circulaire conçu pour réunir une partie des activités radiophoniques de la RTF. Le nouvel ensemble devient à la fois un centre de production et le symbole architectural du service public de la radio-télévision française.
1964
2 février
La RTF lance à Rennes Télé Bretagne actualités, journal destiné à la Bretagne. Cette nouvelle édition complète le réseau régional et donne aux événements locaux un traitement télévisé régulier.
9 avril
Éliane Victor lance Les Femmes aussi, magazine qui donne la parole à des femmes sur leur vie familiale, professionnelle et sociale. L’émission aborde des sujets rarement traités de cette manière à la télévision et accompagne les transformations de la société française des années 1960.
1964
18 avril
La deuxième chaîne démarre officiellement
Après plusieurs mois d’essais, la deuxième chaîne de la RTF commence officiellement ses programmes réguliers. Diffusée en 625 lignes et encore en noir et blanc, elle ne couvre d’abord qu’une partie du territoire et propose une offre complémentaire à la première chaîne. La télévision française sort néanmoins du modèle d’une antenne nationale unique.
1964
25 juillet
Alain Peyrefitte installe le premier conseil d’administration de l’ORTF
La loi transforme la Radiodiffusion-télévision française (RTF) en Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF). Alain Peyrefitte installe le premier conseil d’administration du nouvel établissement, qui conserve le monopole public de la radio et de la télévision tout en recevant une organisation et une autonomie de gestion nouvelles. La tutelle politique demeure cependant forte.
20 août
Quarante-sept pays signent les accords créant Intelsat, organisation chargée de mettre en place un système mondial de télécommunications par satellite. Après les expériences ponctuelles de Telstar, les liaisons spatiales commencent à être structurées comme un réseau international permanent.
1964
10 octobre
Les Jeux olympiques de Tokyo sont diffusés en direct par satellite
L’ouverture des Jeux olympiques de Tokyo est retransmise en direct vers l’Amérique du Nord et l’Europe grâce au satellite Syncom III, lancé quelques semaines auparavant. Les Jeux de 1964 sont les premiers à utiliser la transmission satellitaire pour toucher simultanément plusieurs continents. Le dispositif associe liaisons spatiales, réseaux terrestres et conversions entre standards de télévision.
1964
12 novembre
Premières émissions couleur expérimentales de l’ORTF
L’ORTF présente ses premières émissions expérimentales en couleur devant un nombre limité de récepteurs. Les essais utilisent le SECAM en 625 lignes et préparent le lancement régulier de la couleur sur la deuxième chaîne trois ans plus tard.
27 novembre
Rouen diffuse le premier journal télévisé consacré à la Normandie. Cette édition ajoute une nouvelle région au maillage de l’information locale développé par la RTF puis l’ORTF.
24 décembre
L’ORTF commence à diffuser des programmes de télévision à La Réunion. L’ouverture complète les services radiophoniques existants et amorce la constitution d’une offre télévisée publique régulière dans le département ultramarin.
1965
7 mars
Daisy de Galard lance Dim Dam Dom sur la deuxième chaîne. Le magazine mêle mode, culture, reportages et entretiens dans une réalisation très travaillée, et propose une représentation plus moderne de la vie et des aspirations des femmes.
11 mars
Belphégor ou le Fantôme du Louvre, feuilleton de Claude Barma adapté d’Arthur Bernède, captive le public. Son décor nocturne au Louvre, son suspense et la silhouette inquiétante de Belphégor en font l’un des grands souvenirs de la fiction télévisée française des années 1960.
1965
16 mars
Le gouvernement retient le principe de la publicité télévisée
Lors d’un conseil restreint à l’Élysée, le pouvoir exécutif retient le principe d’introduire la publicité commerciale à la télévision. La décision prépare une nouvelle source de financement pour le service public, mais suscite l’opposition d’une partie de la presse écrite et de ceux qui redoutent une commercialisation des programmes.
1965
22 mars
L’Union soviétique choisit le SECAM
À la conférence internationale de Vienne consacrée aux standards de télévision couleur, l’Union soviétique annonce qu’elle adoptera le SECAM français. Ce soutien donne au système développé par Henri de France un poids industriel et diplomatique considérable face au PAL allemand et au NTSC américain.
28 juin
Intelsat I, surnommé Early Bird, entre officiellement en service commercial après son lancement du 6 avril 1965. Placé en orbite géosynchrone au-dessus de l’Atlantique, il assure des liaisons téléphoniques et télévisées régulières entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Les communications spatiales passent ainsi de l’expérimentation à une exploitation permanente.
26 mai
Warendorf, en Allemagne de l’Ouest, et Dax s’affrontent dans les premiers Jeux sans frontières. L’émission prolonge Intervilles à l’échelle européenne en faisant concourir des équipes municipales devant les caméras de plusieurs télévisions publiques.
22 juin
Au Sénat, Jacques Duclos interpelle le gouvernement sur l’arrêt de La caméra explore le temps. La disparition de cette émission historique de Stellio Lorenzi devient une affaire politique et relance le débat sur l’influence du pouvoir dans les choix de programmation de l’ORTF.
14 juillet
Pour le centenaire de la première ascension du Cervin, plusieurs télévisions européennes retransmettent en direct une nouvelle ascension de la montagne. Les équipes suisses et la BBC utilisent le réseau Eurovision pour relayer les images d’un tournage extérieur particulièrement difficile.
19 septembre
Armand Jammot lance Le Mot le plus long, jeu fondé sur la recherche de mots à partir d’un tirage de lettres. Présenté notamment par Christine Fabréga et animé par des spécialistes du vocabulaire, il donnera naissance en 1972 à Des chiffres et des lettres.
21 septembre
Jean-Christophe Averty adapte Ubu roi d’Alfred Jarry dans une réalisation volontairement théâtrale, graphique et irrévérencieuse. Les trucages et les décors stylisés montrent que la télévision peut créer son propre langage visuel plutôt que reproduire simplement une scène de théâtre.
26 septembre
Belle et Sébastien, écrit et réalisé par Cécile Aubry, commence sa diffusion. Le feuilleton suit l’amitié d’un enfant et d’un grand chien blanc dans les Alpes et devient rapidement un succès familial, prolongé par d’autres séries et adaptations.
15 novembre
Besançon et Dijon commencent à diffuser un journal télévisé régional commun. L’édition donne une place régulière à l’actualité de la Bourgogne et de la Franche-Comté dans le réseau de la RTF.
1965
19 décembre
Au soir du second tour de l’élection présidentielle
Le second tour de la première élection présidentielle française au suffrage universel direct oppose Charles de Gaulle à François Mitterrand. Les résultats, les commentaires et les images des candidats donnent à la soirée électorale une dimension télévisuelle nouvelle. L’écran devient l’un des lieux centraux où se construit désormais la représentation de l’élection présidentielle.
23 décembre
André Harris et Alain de Sédouy créent Zoom, magazine mensuel d’actualité fondé sur le reportage et l’enquête. Son ton plus direct et son intérêt pour les transformations sociales en font l’un des laboratoires du journalisme télévisé de la fin des années 1960.
1966
12 janvier
Le centre de Liège commence à produire et diffuser des émissions régionales pour la Radio-Télévision belge (RTB). La décentralisation permet de mieux couvrir la Wallonie en dehors de Bruxelles et prépare le développement de centres de production régionaux.
24 janvier
Igor Barrère lance Face à face, émission dans laquelle responsables politiques et journalistes sont confrontés en studio. Le décor, les relances et la réalisation transforment le débat en véritable spectacle télévisé.
23 avril
Abel Gance réalise pour la télévision Marie Tudor, d’après Victor Hugo. La participation d’un cinéaste associé au muet et aux grandes fresques historiques contribue à la reconnaissance de la télévision comme lieu possible de création culturelle ambitieuse.
1966
23 juillet
PAL et SECAM divisent l’Europe de la couleur
Réuni à Oslo, le Comité consultatif international des radiocommunications (CCIR) ne parvient pas à imposer un standard unique de télévision couleur. L’Europe se partage principalement entre le PAL, développé en Allemagne de l’Ouest, et le SECAM français. Ce choix technique devient aussi une bataille industrielle, commerciale et diplomatique.
14 septembre
Michel Polac lance Bibliothèque de poche, émission consacrée aux livres, aux écrivains et surtout aux lecteurs. Le programme cherche à faire circuler la littérature hors des seuls cercles spécialisés et installe une médiation littéraire régulière à la télévision.
3 octobre
En direct succède à Face à face dans la grille politique ; le ministre Christian Fouchet est le premier invité. L’émission poursuit l’installation d’entretiens où la présence en studio, les questions et la réalisation comptent autant que le contenu des déclarations.
8 octobre
Roberto Rossellini réalise La Prise de pouvoir par Louis XIV pour la télévision française. Le film associe rigueur historique, mise en scène dépouillée et ambition pédagogique, et devient un exemple majeur de rencontre entre cinéma d’auteur et production télévisée.
9 novembre
Pierre Sabbagh lance Au théâtre ce soir, qui enregistre des pièces jouées devant un public, principalement au théâtre Marigny. Le rendez-vous donne une audience nationale au théâtre de boulevard et restera à l’antenne pendant près de vingt ans.
1967
1er janvier
L’Office de radiodiffusion-télévision française emploie plus de 11 000 personnes. La première chaîne couvre presque toute la population et la deuxième poursuit son extension : la télévision est devenue une administration, une industrie technique et un média de masse national.
1967
Février
Cinq Colonnes à la une diffuse *La Section Anderson*
Cinq Colonnes à la une diffuse La Section Anderson, reportage de Pierre Schoendoerffer tourné auprès d’une unité américaine engagée au Vietnam. Le film suit les soldats au plus près des opérations et impose une forme de reportage de guerre à la fois immersive et documentaire, au moment où le conflit vietnamien occupe une place croissante dans l’actualité mondiale.
6 avril
Armand Jammot lance Les Dossiers de l’écran. Chaque soirée associe la diffusion d’un film à un débat réunissant journalistes, témoins et spécialistes. Cette formule durable permet d’aborder l’histoire, la politique et les grandes questions de société à partir d’une œuvre de cinéma ou de télévision.
1967
1er mai
Cinq Colonnes à la une frappée par la censure
Un reportage de Cinq Colonnes à la une consacré à Saint-Nazaire et aux conséquences sociales d’un conflit est empêché ou fortement contrôlé avant sa diffusion. L’affaire oppose les exigences du grand reportage à la surveillance politique de l’antenne et nourrit le malaise des journalistes de l’ORTF.
25 juin
La télévision belge lance Notre monde, émission bâtie autour de liaisons internationales et de la mondovision. Le programme utilise la capacité nouvelle de relier plusieurs pays pour donner au téléspectateur l’impression d’assister à un spectacle réellement planétaire.
25 août
La République fédérale d’Allemagne (RFA) inaugure ses émissions régulières en couleur avec le système PAL. Le choix allemand concrétise la division européenne des standards : la France et plusieurs pays de l’Est adoptent le SECAM, tandis qu’une grande partie de l’Europe occidentale se tourne vers le PAL.
1967
15 septembre
La deuxième chaîne lance 24 Heures Actualités
La deuxième chaîne lance 24 Heures Actualités, présenté comme l’un des premiers journaux télévisés européens produits en couleur. Encore reçu par un public limité, ce rendez-vous prépare la bascule technique et visuelle de l’information télévisée française.
1967
1er octobre
La deuxième chaîne passe à la couleur
La deuxième chaîne de l’ORTF inaugure ses émissions régulières en couleur depuis les studios des Buttes-Chaumont. La France utilise le SECAM, système de 625 lignes mis au point sous la direction d’Henri de France. La première chaîne demeure encore en 819 lignes noir et blanc, ce qui explique que la couleur se développe d’abord sur la deuxième.
2 octobre
Le ministre de l’Information Georges Gorse annonce que la publicité de marques sera introduite sur la première chaîne. Le gouvernement cherche une ressource nouvelle pour financer l’ORTF, tout en promettant d’encadrer la durée et la nature des messages commerciaux.
1967
14 octobre
Jean Richard incarne pour la première fois Maigret à la télévision, dans *Cécile est morte*
Jean Richard interprète pour la première fois le commissaire Maigret dans Cécile est morte. Il conservera ce rôle pendant plus de vingt ans et contribuera à installer durablement le personnage de Georges Simenon dans la culture télévisuelle française.
9 décembre
La Belgique choisit le PAL pour ses émissions de télévision couleur. Situé entre plusieurs grands pays utilisant des normes différentes, le pays doit néanmoins tenir compte de la réception transfrontalière des chaînes françaises en SECAM et des chaînes voisines en PAL.
1968
30 janvier
Le Conseil constitutionnel précise le cadre juridique dans lequel le gouvernement peut introduire la publicité à la télévision. Cette décision intervient avant l’ouverture effective des écrans de marques et confirme que cette réforme peut être organisée par voie réglementaire.
18 février
Pour les Jeux olympiques d’hiver de Grenoble, l’ORTF déploie de nombreux cars de reportage, caméras, liaisons et centres de production. Les images sont distribuées à l’étranger et servent de démonstration du savoir-faire technique français en matière de sport et de grands directs.
29 avril
Les Shadoks de Jacques Rouxel apparaissent à l’antenne, racontés par Claude Piéplu. Leur dessin minimaliste, leur logique absurde et leurs maximes divisent aussitôt les téléspectateurs, au point de provoquer de nombreux courriers de protestation et de soutien.
10 mai
Un numéro de Panorama consacré aux manifestations étudiantes est supprimé avant diffusion. Cette décision renforce le mécontentement des journalistes de l’ORTF et place la question de la censure au cœur de la crise qui gagne l’établissement en mai 1968.
13 mai
Une importante délégation de salariés de l’ORTF participe au défilé parisien de la grève générale. La mobilisation montre que la contestation ne concerne plus seulement quelques journalistes, mais touche les différentes catégories de personnel de l’Office.
1968
25 mai
La grève gagne l’ORTF
Les journalistes votent l’arrêt du travail et la grève s’étend à l’ensemble de l’ORTF. Les personnels réclament notamment une information moins dépendante du gouvernement. L’Office devient l’un des lieux emblématiques de la crise de Mai 68, entre revendications professionnelles, contrôle politique et mission de service public.
7 juin
Michel Droit interroge Charles de Gaulle devant les caméras dans un entretien très favorable au chef de l’État. La séquence illustre la proximité entre la parole présidentielle et une télévision publique dont l’information reste étroitement contrôlée.
24 juin
Malgré la poursuite de la grève, l’ORTF organise la couverture des élections législatives avec un service minimum et un dispositif négocié. Les personnels doivent concilier le mouvement social avec la mission d’informer le public sur un scrutin décisif.
1968
5 août
Les licenciements pleuvent à l’ORTF ; de nombreux journalistes sont sanctionnés ou écartés
Après la grève de Mai 68, de nombreux journalistes et techniciens de l’ORTF sont licenciés, mutés ou sanctionnés. Cette reprise en main durable de l’information publique provoque le départ de plusieurs figures de la rédaction et marque profondément la mémoire professionnelle de l’Office.
1968
1er octobre
Le premier écran français de publicité de marques est diffusé sur la première chaîne
À 19 h 58, juste avant le journal télévisé, la première chaîne de l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) diffuse son premier écran de publicité de marques. Il réunit des films pour Boursin, Régilait, Bel, Schneider et Virlux. Après plusieurs années de débats sur le financement du service public et la protection de la presse écrite, la télévision française ouvre officiellement son antenne à la publicité commerciale.
1er octobre
La télévision suisse inaugure officiellement ses programmes en couleur sous l’impulsion de Marcel Bezençon. Le passage s’effectue progressivement selon les régions linguistiques et confirme l’installation du PAL dans une partie importante de l’Europe occidentale.
27 octobre
Les Jeux olympiques de Mexico sont retransmis en mondovision grâce à un dispositif associant la télévision mexicaine, l’Union européenne de radio-télévision (UER), le réseau américain ABC et la NHK japonaise. Les images passent par satellite et par les stations terrestres, dont Pleumeur-Bodou pour la France. Les décalages horaires et les différences de standards imposent une organisation technique particulièrement lourde.
2 décembre
Le gouvernement crée un comité interministériel de l’information rattaché au Premier ministre. Cette structure doit coordonner la communication de l’exécutif et les relations avec les médias publics, dans le contexte de reprise en main qui suit la crise de Mai 68.
1969
5 janvier
La Régie française de publicité (RFP) est créée pour commercialiser et contrôler les écrans publicitaires de l’ORTF. Elle organise les relations avec les annonceurs tout en appliquant les règles fixées par l’État sur la durée et le contenu des messages.
Mars
Francine Lemoine est nommée caméraman de direct à l’ORTF, fonction encore presque exclusivement masculine. Sa nomination témoigne de l’arrivée progressive des femmes dans les métiers techniques de la télévision, au-delà de la présentation et de la production.
22 mars
Le Premier ministre Maurice Couve de Murville annonce qu’une troisième chaîne de télévision est envisagée. Le projet doit élargir l’offre publique, utiliser davantage la couleur et accorder une place plus importante aux régions.
18 avril
En Suisse romande, Temps présent succède à Point et Contrepoints. Le nouveau magazine de reportages et d’enquêtes donne à la Télévision suisse romande un rendez-vous d’actualité appelé à devenir l’un des plus durables de son antenne.
26 juin
Les rumeurs de démantèlement de l’ORTF se multiplient après l’élection de Georges Pompidou. Le nouveau pouvoir choisit finalement de réformer l’Office plutôt que de le supprimer immédiatement, mais la question de son organisation et de son indépendance reste ouverte.
21 juillet
L’alunissage d’Apollo 11 et les premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune sont suivis en direct ou presque par des centaines de millions de téléspectateurs. En France, l’ORTF mobilise ses antennes pendant de longues heures. La conquête spatiale devient ainsi l’un des premiers événements véritablement mondiaux vécus simultanément par la télévision.
25 août
Le journal télévisé français consacre une place importante à la Tchécoslovaquie, un an après l’écrasement du Printemps de Prague. Les images et reportages rappellent le rôle de la télévision dans la couverture des crises du bloc de l’Est, malgré les difficultés d’accès et le contrôle des autorités.
1er octobre
La durée autorisée de publicité de marques sur la première chaîne passe à six minutes par jour. L’augmentation reste limitée, mais elle confirme l’installation progressive des recettes commerciales dans le financement de l’ORTF.
2 octobre
La deuxième chaîne diffuse le premier film de L’Odyssée sous-marine de l’équipe Cousteau. Les prises de vues sous-marines, la couleur et les moyens de coproduction donnent au documentaire scientifique une dimension spectaculaire et internationale.
1969
24 novembre
La deuxième chaîne crée son propre journal
La deuxième chaîne lance son propre journal, 24 Heures sur la 2, dirigé par Jacqueline Baudrier et présenté notamment par Michel Péricard. Jusqu’alors surtout définie par ses programmes, la chaîne affirme désormais une identité éditoriale complète et entre directement en concurrence avec l’information de la première chaîne.
1970
17 janvier
Sous l’impulsion de Maurice Cazeneuve, la deuxième chaîne affirme une programmation complémentaire à celle de la première. Son journal s’allonge et sa grille cherche une identité propre, afin que les deux chaînes publiques ne proposent plus simplement des offres interchangeables.
1er février
La première et la deuxième chaîne disposent désormais chacune d’un directeur : Pierre Sabbagh pour la première et Maurice Cazeneuve pour la seconde. Cette organisation reconnaît leur autonomie éditoriale croissante au sein de l’ORTF.
17 février
Michel Bassi et Alain Duhamel lancent À armes égales, émission politique opposant deux personnalités autour de films de présentation et d’un débat en studio. La réalisation dramatise la confrontation et fait du face-à-face télévisé un spectacle à part entière.
19 mai
Armand Jammot lance Aujourd’hui Madame sur la deuxième chaîne. Diffusé en journée, le magazine aborde la vie familiale, la consommation, le travail et les questions de société en visant particulièrement le public féminin.
1970
2 juillet
Georges Pompidou déclare : « L’ORTF, qu’on le veuille ou non, c’est la voix de la France »
Lors d’une conférence de presse, Georges Pompidou affirme : « L’ORTF, qu’on le veuille ou non, c’est la voix de la France ». La formule résume la conception gouvernementale d’un audiovisuel public chargé de représenter le pays, alors même que les journalistes réclament davantage d’indépendance.
22 août
Les journalistes Raymond Meyer et René Puissesseau sont tués au Cambodge alors qu’ils couvrent la guerre. Leur mort rappelle les risques pris par les équipes de télévision envoyées sur les conflits, au moment où les reportages internationaux occupent une place croissante dans les journaux.
2 octobre
Jacques Sallebert lance Le Club de la presse sur la première chaîne. Des journalistes y interrogent une personnalité et confrontent leurs analyses, dans la continuité des nouveaux formats de débat politique et d’information.
20 octobre
Maurice Failevic réalise De la belle ouvrage en décors réels avec une caméra légère et une mise en scène proche du reportage. Le téléfilm observe le monde du travail et rapproche la fiction télévisée des méthodes documentaires.
23 octobre
Pierre Dumayet, Pierre Lazareff, Jean Cazeneuve et Jean-Pierre Desgraupes lancent Objectifs sur la première chaîne. Le magazine prolonge la tradition des grandes émissions d’actualité fondées sur le reportage, l’entretien et l’analyse.
1971
Janvier
La publicité de marques apparaît sur la deuxième chaîne. La Régie française de publicité applique des plafonds comparables à ceux de la première, mais les tarifs restent moins élevés en raison d’une audience encore inférieure. Les deux chaînes deviennent ainsi des supports commerciaux distincts.
1er janvier
La Radio-Télévision belge (RTB) commence ses émissions en couleur avec la mise en service de l’émetteur de Wavre. Le déploiement reste progressif et le public belge doit composer avec la réception de chaînes étrangères utilisant le PAL ou le SECAM.
12 février
La Télévision suisse romande (TSR) diffuse Le Jour des noces de Claude Goretta, présenté comme le premier long métrage conçu et produit pour la télévision suisse. L’œuvre participe à l’émergence d’une fiction télévisée d’auteur en Suisse romande.
1971
13 février
L’ORTF cantonne la politique à l’information
Le conseil d’administration de l’ORTF décide que les sujets politiques doivent relever du seul domaine de l’information. Cette doctrine limite leur traitement dans les dramatiques, documentaires et magazines. Le contrôle politique de l’antenne ne concerne donc pas seulement les journaux télévisés, mais aussi les œuvres et les enquêtes susceptibles d’aborder des questions sensibles.
8 mai
Michel Polac met fin à Post-Scriptum après qu’une émission consacrée à l’inceste dans la littérature a été jugée trop choquante par la direction. L’affaire révèle les limites imposées à la liberté de ton dans les programmes culturels et les débats intellectuels.
2 août
Orléans diffuse son premier journal télévisé régional. Cette nouvelle édition complète le réseau local et donne aux actualités du Centre une place régulière dans la programmation publique.
Septembre
Pierre Sabbagh prend la direction des programmes de la deuxième chaîne, tandis que Roland Dhordain rejoint la première. Ces nominations doivent renforcer la différenciation des grilles et donner à chaque chaîne une ligne éditoriale plus identifiable.
1971
3 septembre
La RTB diffuse Le Chagrin et la Pitié, tandis que l’ORTF refuse de suivre
La Radio-Télévision belge (RTB) diffuse Le Chagrin et la Pitié, documentaire de Marcel Ophuls consacré à Clermont-Ferrand sous l’Occupation, alors que l’ORTF refuse de le programmer en France. Le contraste entre les deux services publics francophones révèle les limites imposées en France à certains récits sur la Résistance, la collaboration et la mémoire de Vichy.
1971
13 décembre
Maurice Clavel lance : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! »
Invité d’À armes égales, Maurice Clavel découvre qu’une phrase a été coupée dans le film de présentation qui lui est consacré. Il quitte alors le plateau en lançant : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! » La formule devient l’une des dénonciations les plus célèbres du contrôle exercé sur la télévision publique.
31 décembre
Les recettes publicitaires représentent 25,8 % des recettes globales de l’ORTF. La publicité, introduite seulement quelques années plus tôt, est devenue une ressource importante du service public et nourrit le débat sur l’équilibre entre redevance, dotations et financement commercial.
1972
4 janvier
Armand Jammot transforme Le Mot le plus long en Des chiffres et des lettres. Le nouveau jeu alterne épreuves de calcul mental et tirages de lettres ; sa formule simple et régulière lui assurera une longévité exceptionnelle à la télévision française.
12 janvier
Jacques Chancel lance Le Grand Échiquier, longue émission mêlant musique classique, chanson, entretiens et prestations d’artistes. Le programme cherche à réunir ambition culturelle et audience populaire dans une mise en scène de grande ampleur.
14 mars
Après plusieurs années de conflit, l’ORTF et les représentants du cinéma signent un accord sur la diffusion et la promotion des films. Les droits versés par la télévision sont réévalués et l’Office s’engage à soutenir le cinéma, alors que la fréquentation des salles a fortement diminué depuis l’essor du petit écran.
28 avril
Deux rapports consacrés à la publicité clandestine sont remis aux pouvoirs publics et proposent de réformer les structures de l’ORTF. Les soupçons de promotion dissimulée dans les émissions transforment une question commerciale en crise de gouvernance et de déontologie.
1972
3 juillet
La loi du 3 juillet 1972 réforme le statut de l’ORTF et plafonne la publicité
La loi du 3 juillet 1972 réforme le statut de l’ORTF et réaffirme sa mission de service public national. Elle modifie sa gouvernance et encadre son financement : les recettes provenant de la publicité de marques ne doivent pas dépasser globalement 25 % des ressources de l’Office. Le texte cherche un équilibre entre financement public, développement commercial de la télévision et protection de la presse écrite.
12 juillet
Arthur Conte est nommé président-directeur général de l’ORTF. Il tente de donner davantage d’autonomie aux chaînes et de renouveler les programmes, mais ses choix provoquent rapidement des tensions politiques et internes.
7 août
Raymond Marcillac est mis en cause dans l’affaire de la publicité clandestine et écarté de ses fonctions. La crise atteint ainsi une figure majeure des sports et des programmes de l’ORTF et accélère les demandes de réforme.
21 décembre
Claude Barma réalise Les Rois maudits, adaptation des romans historiques de Maurice Druon écrite avec Marcel Jullian. La distribution, les décors et la dramaturgie donnent à cette saga une place durable dans la mémoire de la fiction télévisée française.
1972
31 décembre
La troisième chaîne est officiellement lancée
La troisième chaîne de l’ORTF commence officiellement ses programmes. Diffusée en couleur, sans publicité et sans speakerine à ses débuts, elle s’appuie davantage sur les stations régionales et ouvre son antenne à de jeunes réalisateurs. Elle est conçue comme une chaîne complémentaire, culturelle et plus proche des régions.
1973
2 avril
Bernard Pivot lance Ouvrez les guillemets sur la première chaîne. L’émission propose des entretiens avec des écrivains et prépare le style de télévision littéraire qu’il développera ensuite dans Apostrophes.
5 juillet
Le Haut Conseil de l’audiovisuel est réuni pour examiner les difficultés de l’ORTF. Cette instance consultative doit contribuer à équilibrer les intérêts du public, des professionnels et du pouvoir politique, alors que l’avenir de l’Office est de plus en plus contesté.
15 septembre
Guy Lux lance La Une est à vous. Les téléspectateurs peuvent voter par téléphone pour choisir les séries diffusées dans l’émission. Cette programmation à la carte constitue une forme précoce d’interactivité entre le public et la chaîne.
1973
24 octobre
Arthur Conte est évincé de la présidence de l’ORTF ; Marceau Long lui succède
Arthur Conte est écarté de la présidence de l’ORTF après un peu plus d’un an et Marceau Long lui succède. Ce remplacement met fin à une tentative de réforme fondée sur une plus grande autonomie des chaînes et confirme l’instabilité politique de la direction de l’Office.
30 octobre
Pour le vingtième anniversaire de la télévision belge, le journal télévisé de la RTB est diffusé en couleur. L’information rejoint ainsi les autres genres de programmes déjà concernés par la transition technique.
1974
1er mars
Depuis l’auditorium de l’ORTF Alsace, un concert régional est retransmis en couleur et en stéréophonie. L’opération associe production décentralisée, amélioration de l’image et recherche d’un son plus fidèle pour les émissions musicales.
1974
12 mars
Les Dossiers de l’écran consacrent une émission à l’ORTF
Les Dossiers de l’écran consacrent une soirée au fonctionnement de l’ORTF, en présence notamment de Jacqueline Baudrier, du ministre Jean-Philippe Lecat et d’Alain Jérôme. À quelques mois de sa disparition, l’Office débat publiquement de son statut, de son financement, de la censure et des rapports entre télévision et pouvoir.
1974
10 mai
Giscard lance à Mitterrand : « Vous n’avez pas le monopole du cœur »
Lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, Valéry Giscard d’Estaing répond à François Mitterrand : « Vous n’avez pas le monopole du cœur ». La formule, immédiatement mémorisée et commentée, montre le poids pris par la répartie, le cadrage et la maîtrise de l’écran dans la confrontation électorale.
8 juin
24 Heures sur la Une suit en direct une tentative d’ascension du Mont-Blanc. Plusieurs équipes et caméras sont réparties sur la montagne ; la retransmission met à l’épreuve les liaisons, la coordination et la sécurité d’un grand direct en extérieur.
16 septembre
L’Île aux enfants apparaît sur la troisième chaîne dans le cadre d’une expérience de programme quotidien pour la jeunesse produite à Marseille. Casimir et l’univers de l’émission s’imposent rapidement, avant son transfert sur TF1 et sa transformation en symbole de la télévision enfantine des années 1970.
1974
18 septembre
Les dirigeants de l’après-ORTF sont désignés
Le gouvernement désigne les dirigeants des sept organismes qui doivent succéder à l’ORTF. Les trois chaînes deviennent Télévision Française 1 (TF1), Antenne 2 et France Régions 3 (FR3). Les autres missions sont réparties entre Radio France, Télédiffusion de France (TDF), la Société française de production (SFP) et l’Institut national de l’audiovisuel (INA).
20 décembre
Valéry Giscard d’Estaing inaugure à l’Élysée une formule d’entretien où il répond directement à plusieurs journalistes. Le nouveau président cherche à installer une communication plus ouverte et plus personnelle dans le paysage audiovisuel réorganisé après l’ORTF.
1975
6 janvier
TF1, Antenne 2 et FR3 succèdent aux chaînes de l’ORTF
La dissolution de l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) devient visible à l’écran. Télévision Française 1 (TF1) succède à la première chaîne, Antenne 2 à la deuxième et France Régions 3 (FR3) à la troisième, dont elle reprend le réseau régional. La réforme sépare aussi la radio, la diffusion technique, la production et les archives afin de réduire la centralisation de l’ancien Office et d’instaurer une concurrence entre sociétés publiques.
10 janvier
Bernard Pivot lance Apostrophes sur Antenne 2, en remplacement d’Ouvrez les guillemets. Les écrivains y débattent longuement de leurs livres et de leurs idées ; l’émission devient un prescripteur majeur de la vie littéraire française.
19 juin
Plusieurs partis politiques créent un Comité pour le respect du droit à l’information radiotélévisée. Quelques mois après l’éclatement de l’ORTF, l’initiative montre que l’indépendance des rédactions et l’équilibre politique de l’antenne restent contestés.
1975
25 septembre
Georges Pernoud lance Thalassa
Georges Pernoud lance Thalassa sur la troisième chaîne, quelques mois avant que celle-ci prenne pleinement l’identité de FR3. Consacré à la mer, aux marins et aux territoires littoraux, le magazine deviendra l’un des rendez-vous documentaires les plus durables de la télévision française.
1975
Octobre
Le Petit Rapporteur de Jacques Martin devient un rendez-vous satirique marquant de TF1
Jacques Martin et son équipe imposent Le Petit Rapporteur sur TF1. Faux reportages, interviews décalées et chroniqueurs réunis autour d’une grande table renouvellent la satire télévisée dans le paysage post-ORTF. Le programme devient rapidement un rendez-vous populaire du dimanche.
Décembre
TF1 et Antenne 2 commencent à utiliser le téléprompteur, qui fait défiler le texte devant l’objectif de la caméra. Les présentateurs peuvent lire tout en regardant directement le téléspectateur, ce qui transforme le rythme et l’apparence du journal télévisé.
1975
20 décembre
TF1 commence à passer progressivement à la couleur
TF1 commence à diffuser une partie de ses programmes en couleur en utilisant temporairement le réseau 625 lignes de FR3. La première chaîne reste encore principalement attachée à son ancien réseau 819 lignes noir et blanc, incompatible avec le SECAM couleur. La transition complète nécessitera donc le déploiement progressif d’un nouveau réseau.
1976
1976
Patrick Poivre d’Arvor fait ses premières apparitions au journal télévisé. Cette étape ouvre la carrière d’un journaliste qui deviendra ensuite l’une des principales figures de l’information télévisée française.
31 janvier
Pour la première fois, les ventes de téléviseurs couleur dépassent celles des appareils noir et blanc en France. Le marché domestique bascule vers la couleur, même si le renouvellement complet du parc prendra encore plusieurs années.
Mars
Antenne 2 crée un journal destiné aux personnes sourdes et malentendantes. Le service public commence à adapter une partie de son information à un public jusque-là peu pris en compte par les chaînes généralistes.
1976
22 mars
La télévision régionale devient quotidienne sur FR3
FR3 rend quotidiens ses journaux et programmes régionaux. France Régions 3, héritière du réseau régional de l’ORTF, affirme ainsi la mission inscrite dans son nom : proposer une chaîne nationale tout en donnant aux stations locales une présence régulière à l’antenne.
17 mai
TF1 diffuse Château Espérance, feuilleton de trente épisodes de treize minutes consacré à une famille marocaine installée en région parisienne. Les auteurs Gérard Sire et Pierre Gauthier cherchent à éviter le folklore et les caricatures, en montrant la vie quotidienne, le travail et les relations familiales des immigrés.
31 mai
La Radio-Télévision belge (RTB) modifie l’horaire de son journal pour limiter les effets de la concurrence des chaînes françaises, accentués par le passage à l’heure d’été. Dans les zones frontalières, les horaires et les programmes des pays voisins influencent directement les choix de la télévision nationale.
Septembre
Antenne 2 lance Stade 2, magazine consacré aux résultats, reportages et débats sportifs. Le programme installe un rendez-vous régulier et identifiable qui complète les retransmissions en direct.
11 octobre
Yves Mourousi obtient au Kremlin une interview télévisée de Léonid Brejnev. La séquence renforce l’image du présentateur-reporter capable d’obtenir un accès direct à un dirigeant soviétique en pleine guerre froide.
1977
2 janvier
La télévision publique lance Mosaïque, magazine présenté par Arnaud Monnier et destiné aux communautés immigrées. Reportages, musique et informations pratiques ouvrent un espace régulier aux cultures et aux réalités sociales de populations encore peu représentées à l’antenne.
1977
1er février
Soixante Français sont invités à l’Élysée pour une édition spéciale des Dossiers de l’écran
Pour une édition spéciale des Dossiers de l’écran, soixante Français sont invités à l’Élysée et interrogent Valéry Giscard d’Estaing. Le dispositif met en scène une relation directe entre le président et des citoyens ordinaires, dans une forme de communication politique pensée pour la télévision.
Mars
Roger Gicquel demande aux téléspectateurs d’éteindre leurs lumières pendant quelques instants. Électricité de France mesure immédiatement une baisse de consommation, démontrant de manière spectaculaire la capacité du journal télévisé à provoquer un comportement collectif simultané.
26 avril
La Radio-Télévision belge lance RTBis, seconde antenne francophone aux moyens et aux horaires encore limités. Elle diffuse notamment des rediffusions, des programmes culturels, éducatifs et régionaux, et permet au service public d’occuper un second réseau de fréquences.
1977
12 mai
Le duel télévisé Barre-Mitterrand sur TF1 est suivi par une audience massive
Le Premier ministre Raymond Barre et François Mitterrand s’affrontent lors d’un débat télévisé diffusé sur TF1 et suivi par une audience massive. La confrontation confirme que le face-à-face en studio est devenu l’un des principaux rituels de la vie démocratique française.
1977
25 juin
Antiope préfigure le télétexte français
L’expérience Antiope débute à Rennes. Ce système français de télétexte permet de transmettre avec le signal de télévision des pages composées de textes et de caractères graphiques, consultables sur un récepteur adapté. Les premiers usages concernent notamment les cours de Bourse et l’information destinée aux personnes sourdes.
21 juillet
Des militants de la Confédération générale du travail (CGT) occupent le plateau du journal de 20 heures de TF1. Le conflit social entre directement dans le dispositif du JT et interrompt le fonctionnement habituel de l’antenne.
1977
21 septembre
Antenne 2 lance C’est la vie
Sur Antenne 2, Louis Bériot lance C’est la vie, présenté par Noël Mamère. Ce journal d’information pratique utilise la langue des signes et s’adresse explicitement aux personnes sourdes. La télévision publique commence ainsi à intégrer l’accessibilité dans la conception même de certains programmes.
14 octobre
Une station régionale de FR3 diffuse pour la première fois un court métrage en provençal. Cette programmation donne une place télévisée à une langue régionale et concrétise la mission culturelle et territoriale de France Régions 3.
1977
12 décembre
La RTB devient RTBF par décret de la Communauté française de Belgique
Par décret du Conseil culturel de la Communauté française, la Radiodiffusion-Télévision belge, émissions françaises (RTB), devient la Radio-Télévision belge de la Communauté culturelle française (RTBF). Cette transformation accompagne la fédéralisation de la Belgique et le transfert des compétences culturelles, dont l’audiovisuel, aux communautés linguistiques. Le service public francophone reçoit une gouvernance propre, tandis que la BRT poursuit sa mission pour le public néerlandophone.
1977
31 décembre
FR3 couvre désormais 98 % du territoire français avec 108 émetteurs et 526 réémetteurs
France Régions 3 (FR3) couvre désormais 98 % du territoire grâce à 108 émetteurs et 526 réémetteurs. Créée pour reprendre la troisième chaîne et le réseau régional de l’ORTF, la société devient ainsi une chaîne presque nationale, capable de soutenir une programmation régionale quotidienne.
1978
10 janvier
Les Dossiers de l’écran commencent la diffusion de Racines, mini-série américaine adaptée du livre d’Alex Haley. L’histoire d’une famille afro-américaine depuis l’esclavage ouvre en France un large débat sur la traite, la mémoire noire et la représentation de cette histoire à la télévision.
17 janvier
Claude Contamine, Maurice Ulrich et Jean-Louis Guillaud, présidents respectifs de FR3, Antenne 2 et TF1, se rencontrent pour harmoniser leurs programmes. Les trois sociétés concurrentes doivent éviter certains chevauchements et coordonner leurs horaires tout en affirmant chacune leur identité.
13 juin
Les Dossiers de l’écran consacrent un débat à l’euthanasie autour de l’affaire américaine Karen Ann Quinlan. La soirée fait entrer à une heure de grande écoute une question médicale et morale jusqu’alors rarement discutée aussi directement à la télévision française.
3 juillet
Goldorak commence sa diffusion dans Récré A2. Cette série japonaise de robots rencontre un immense succès auprès des enfants et installe durablement l’animation japonaise dans les programmes français, tout en suscitant des critiques sur la violence de certaines images.
1978
31 août
Yves Mourousi est visé par un attentat à la bombe revendiqué par le Front arabe du refus
Une bombe vise Yves Mourousi, présentateur vedette du journal de TF1 ; l’attentat est revendiqué par le Front arabe du refus. L’épisode rappelle que la visibilité acquise par les journalistes de télévision peut également les exposer directement aux violences politiques internationales.
1er septembre
FR3 diffuse une partie de Comment Yukong déplaça les montagnes, vaste ensemble documentaire de Joris Ivens et Marceline Loridan sur la Chine maoïste. La durée et l’ambition du projet donnent une place exceptionnelle à un regard documentaire international et politiquement situé.
12 septembre
François de Closets et Emmanuel de La Taille lancent L’Enjeu, magazine consacré à l’économie. Tableaux, indicateurs et explications de la conjoncture cherchent à rendre accessibles au grand public des sujets jusque-là peu présents dans les émissions régulières.
1979
1er janvier
FR3 Alsace produit vingt-sept heures d’émissions en dialecte alsacien, soit plus de la moitié de sa production régionale. La chaîne donne ainsi une place importante à une langue locale dans l’information, la culture et les programmes de proximité.
2 janvier
Antenne 2 lance un journal à 12 h 45, présenté par Patrick Lecoq. La création de cette édition renforce la présence de l’information dans la journée et structure davantage la grille autour de plusieurs rendez-vous quotidiens.
1979
13 février
Antenne 2 diffuse le premier épisode de Holocaust
Antenne 2 commence la diffusion de Holocaust, mini-série américaine consacrée au destin d’une famille juive persécutée par le régime nazi. Près de vingt millions de téléspectateurs la suivent en France. La série déclenche de nombreux débats sur la représentation de l’extermination des Juifs et contribue à faire entrer le mot « Holocauste » dans le langage médiatique courant.
17 mars
Une enquête souligne que la diffusion des magnétoscopes domestiques facilite l’enregistrement et la copie d’émissions ou de films. Le téléspectateur peut désormais conserver un programme et le regarder plus tard, mais cette liberté nouvelle soulève aussi des questions de droits d’auteur et de copie privée.
7 avril
Christine Ockrent est critiquée après avoir interviewé en prison l’ancien Premier ministre iranien Amir-Abbas Hoveida, peu avant son exécution. La séquence pose la question des conditions du scoop, de l’exposition d’un condamné et de la responsabilité du journaliste dans une situation de violence politique extrême.
1979
1er octobre
RTBis devient Télé 2
En Belgique francophone, RTBis devient Télé 2. La seconde antenne de la RTBF élargit ses horaires, propose des soirées plus complètes et dispose d’un journal propre à 22 heures. Elle ne se limite plus aux rediffusions et aux programmes ciblés : elle commence à construire une véritable identité de chaîne.
1979
2 novembre
Jacques Mesrine est abattu
Après la mort de Jacques Mesrine, TF1 et FR3 diffusent des extraits de cassettes enregistrées par le criminel avant d’être abattu, tandis qu’Antenne 2 choisit de ne pas les montrer. Les décisions divergentes des trois chaînes ouvrent un débat sur la spectacularisation de la violence, la valeur informative de ces documents et la responsabilité éditoriale des rédactions.
1979
6 novembre
Antenne 2 diffuse Mes mains ont la parole
Antenne 2 diffuse Mes mains ont la parole, émission conçue par Marie-Thérèse Abbou. Des contes y sont racontés en langue des signes, avec l’objectif de s’adresser directement aux enfants sourds et de familiariser les autres téléspectateurs avec ce mode d’expression.
29 décembre
Jacques Weber interprète Edmond Dantès dans une adaptation télévisée du Comte de Monte-Cristo réalisée par Denys de La Patellière. Le feuilleton mobilise décors, costumes et nombreux comédiens pour proposer une grande narration populaire inspirée d’Alexandre Dumas.
La chrono des médias : 1980 - 2000
La suite de l’histoire : éclatement du monopole, chaînes privées, câble, satellite, Canal+, magnétoscope domestique, nouveaux formats et mondialisation des images.